
Stress au travail à Strasbourg : pourquoi "tenir bon" aggrave l'épuisement

Catherine Oberlé
Psychopraticienne · Strasbourg
Tenir bon : un réflexe qui peut vous coûter cher
Vous vous levez le matin avec cette sensation de plomb dans la poitrine. Vous vous dites que ça va passer, que tout le monde vit ça, que vous n'avez pas le choix. Ce réflexe de persévérance à tout prix est profondément ancré chez beaucoup de professionnels — et plus encore chez les entrepreneurs qui portent souvent seuls la charge de leur activité.
Le problème, c'est que ce mécanisme fonctionne comme un anesthésiant. Il masque les signaux que votre corps et votre esprit vous envoient — non pas pour vous affaiblir, mais pour vous protéger.
Ce que le déni de l'épuisement produit concrètement
Quand on ignore ces signaux sur la durée, plusieurs choses s'observent fréquemment :
- Irritabilité croissante au moindre imprévu
- Difficultés de concentration qui s'installent progressivement
- Sommeil perturbé même quand on est épuisé
- Sentiment de vide ou de détachement vis-à-vis de son travail
- Douleurs physiques diffuses (nuque, dos, maux de tête récurrents)
Ces manifestations ne sont pas des signes de faiblesse. Elles témoignent d'un système sous pression qui cherche un exutoire.
« Je pensais que si je lâchais une journée, tout s'effondrerait. En réalité, c'est en ne lâchant jamais que tout a commencé à s'effondrer. »
Cette phrase, nous l'entendons régulièrement en cabinet. Elle résume bien le paradoxe du déni de l'épuisement : plus on s'accroche, plus on s'éloigne de soi.
Comprendre le mécanisme du déni pour mieux s'en dégager
Le déni n'est pas une faiblesse de caractère. C'est une réponse psychologique naturelle face à une situation perçue comme ingérable. Reconnaître qu'on est épuisé, c'est aussi accepter que quelque chose ne va pas — et ça, pour beaucoup, c'est une menace directe à leur identité professionnelle.
Dans notre culture du travail — et Strasbourg, ville dynamique à l'interface franco-allemande, n'échappe pas à cette pression de performance — la valeur d'une personne est souvent associée à sa productivité. Dire « je n'en peux plus » peut alors ressembler à un aveu d'échec.
Les pensées qui entretiennent le déni
Voici quelques-unes des phrases intérieures que nous observons souvent :
- « Les autres font bien pareil, je dois tenir. »
- « Ce n'est pas le bon moment pour craquer. »
- « Si je ralentis, tout va s'arrêter. »
- « Je suis trop fort(e) pour être en burnout. »
Ces pensées ont une logique interne. Mais elles maintiennent dans un cycle où l'épuisement s'intensifie sans jamais trouver d'espace pour se réguler.
Un exercice concret à essayer maintenant
Prenez 3 minutes. Asseyez-vous confortablement, les pieds à plat sur le sol.
- Inspirez lentement par le nez pendant 4 secondes.
- Retenez votre souffle 2 secondes.
- Expirez lentement par la bouche pendant 6 secondes.
- Répétez ce cycle 5 fois de suite.
Ensuite, posez-vous cette seule question : « Qu'est-ce que je ressens vraiment en ce moment ? » Pas ce que vous devriez ressentir. Ce que vous ressentez.
Ce petit exercice ne résout rien à lui seul — mais il crée un espace entre vous et le pilote automatique. C'est souvent là que commence la prise de conscience.
Quand consulter ? Les signaux qui méritent attention
Il n'existe pas de seuil universel à partir duquel « ça devient grave ». Chaque personne est différente, et nous ne sommes pas là pour poser des étiquettes. Mais certaines situations méritent qu'on s'y arrête sérieusement.
Des signaux à ne pas minimiser
- Vous redoutez chaque lundi depuis plusieurs semaines ou mois
- Vous avez du mal à vous souvenir de la dernière fois que vous avez ressenti du plaisir dans votre travail
- Votre entourage vous dit que vous avez changé, que vous êtes absent(e) ou irritable
- Vous compensez la fatigue par des comportements que vous ne contrôlez plus (alcool, écrans, alimentation…)
- Vous pensez régulièrement à tout arrêter, sans pouvoir imaginer une alternative
Si vous vous reconnaissez dans plusieurs de ces points, c'est peut-être le moment d'en parler à quelqu'un — non pas pour que tout s'arrête, mais pour que quelque chose commence à changer.
Ce qu'un accompagnement peut apporter
En psychothérapie, nous vous offrons un espace où vous n'avez pas à « tenir bon » pour quelqu'un. Nous vous aidons à explorer ce qui se passe réellement sous la surface, à comprendre les schémas qui vous maintiennent dans l'épuisement, et à retrouver progressivement un rapport à votre travail qui ne vous consume pas.
J'ai accompagné de nombreux professionnels et entrepreneurs, en présentiel à Strasbourg ou en visio en national, qui ont attendu longtemps avant de pousser la porte — et qui, souvent, nous disent qu'ils auraient aimé le faire plus tôt.
Vous n'avez pas à attendre que la situation devienne insupportable pour chercher du soutien. Consulter tôt, c'est aussi une forme de courage.
