
Procrastination chronique : ce que l'évitement peut révéler

Catherine Oberlé
Psychopraticienne · Strasbourg
Ce que l'évitement peut dire de vous
Le dossier est là, ouvert sur l'écran ou posé sur le bureau depuis des semaines. Vous savez ce qu'il y a à faire. Pourtant, vous rangez un placard, répondez à des messages sans urgence, faites défiler votre téléphone.
Le soir venu, la culpabilité s'installe, puis la promesse : demain, je m'y mets vraiment. Et le cycle recommence.
Un problème de volonté ? Pas forcément
Beaucoup de personnes se reprochent leur « manque de discipline ». Or plusieurs travaux en psychologie suggèrent que la procrastination a souvent un lien avec la gestion des émotions que la tâche fait surgir, plus qu'avec la gestion du temps. On évite moins la tâche elle-même que ce qu'on ressent à son approche.
Ce que l'évitement peut protéger
Chez certaines personnes, repousser sert à se préserver de quelque chose d'inconfortable. Selon les histoires de chacun, cela peut être :
- La peur de l'échec : tant que ce n'est pas fait, cela ne peut pas être raté.
- Le perfectionnisme : si le résultat ne peut pas être parfait, mieux vaut ne pas commencer.
- La peur du jugement : se montrer, c'est s'exposer au regard des autres.
- La peur de la réussite : réussir peut amener plus d'attentes, de visibilité, de changements.
- Le besoin de liberté : une obligation ressentie comme imposée peut éveiller une résistance silencieuse.
Ces pistes ne sont pas des explications toutes faites. Elles peuvent simplement ouvrir une question : que se passe-t-il en moi quand je m'approche de cette tâche ?
Procrastiner n'est pas toujours fuir la tâche. C'est parfois essayer de se protéger d'une sensation que l'on n'a pas encore mise en mots.
Comprendre cela ne règle pas tout, mais peut déjà alléger le jugement que vous portez sur vous-même. Et c'est souvent à partir de là que l'on retrouve de la marge pour agir.
Un exercice de 5 minutes pour observer ce qui se joue
Plutôt que de lutter contre l'envie d'éviter, vous pouvez essayer de la regarder avec curiosité. Voici un exercice simple, à faire au moment où vous remarquez que vous repoussez.
L'exercice « pause et phrase »
- Choisissez une seule tâche que vous remettez à plus tard. Une seule.
- Asseyez-vous, pieds au sol. Inspirez par le nez pendant 4 secondes, expirez lentement par la bouche pendant 6 secondes. Répétez 5 fois.
- Pensez à la tâche pendant 60 secondes. Repérez où votre corps réagit : gorge serrée, ventre noué, épaules tendues, lourdeur dans les jambes. Il n'y a rien à changer, seulement à constater.
- Écrivez cette phrase et complétez-la 3 fois, sans réfléchir longtemps (environ 2 minutes) : « Si je commence cette tâche, ce que je crains, c'est… »
- Relisez vos réponses sans les juger. Demandez-vous : cette crainte me paraît-elle familière ?
- Facultatif : réglez un minuteur sur 5 minutes et avancez sur la tâche, sans objectif de résultat. Vous pouvez vous arrêter quand il sonne.
Ce que certaines personnes remarquent
Il arrive qu'une phrase revienne : « on va me trouver nul », « je n'y arriverai pas comme il faut », « après, on attendra encore plus de moi ». Mettre un mot sur la crainte peut contribuer à diminuer son emprise silencieuse.
Si l'exercice fait émerger des émotions fortes ou des souvenirs douloureux, vous pouvez vous arrêter. Rien ne vous oblige à aller plus loin seul.
Ce que je propose en consultation
À Strasbourg, j'accueille cette question avec écoute et sans jugement. Nous prenons le temps de regarder, à votre rythme, ce que l'évitement a pu vous apporter dans votre histoire, et ce qu'il vous coûte aujourd'hui. Je n'ai ni solution toute prête ni promesse à vous faire : l'objectif est de vous aider à mieux vous comprendre, pour retrouver un élan qui vous ressemble.
Quand consulter ?
Remettre à plus tard de temps en temps est humain. Il peut être utile de demander un accompagnement lorsque :
- l'évitement dure depuis des mois, voire des années, et touche plusieurs domaines de votre vie (travail, démarches, relations, projets personnels) ;
- vous avez l'impression de vous saboter juste avant d'atteindre un but ;
- la culpabilité, la honte ou l'angoisse prennent beaucoup de place ;
- vous avez essayé de nombreuses méthodes d'organisation, sans que quelque chose change vraiment ;
- vos proches, votre travail ou votre estime de vous en souffrent.
Si vous vous reconnaissez dans ces situations, sachez que vous n'avez pas à tout comprendre avant de venir. Il suffit d'avoir envie de regarder ce qui se passe, avec quelqu'un qui vous écoute.
La procrastination peut aussi accompagner d'autres difficultés, comme une fatigue importante, une période de tristesse ou de l'anxiété. Dans ce cas, il est recommandé d'en parler à votre médecin ou à un professionnel de santé qualifié, qui pourra vous orienter.
Si vous le souhaitez, je vous reçois à mon cabinet de Strasbourg pour un premier échange, sans engagement, afin de voir ensemble si mon accompagnement peut vous convenir.


